日本語(Japonais)

Lettre de S.E.M. Tsukasa KAWADA
Ambassadeur du Japon en Algérie

Mai 2014 - Lettre n°8 « Connaître un pays » -

ambassadeur

Pour nous diplomates, il est non seulement un devoir professionnel mais aussi un plaisir personnel de connaître un pays où nous sommes postés, alors qu’il n’est toujours pas facile de le faire. On dit souvent qu’il est possible d’écrire un livre sur un pays après trois mois de séjour, mais c’est difficile après trois ans d’installation. Etant déjà à Alger pendant plus de 2 ans et demi, je m’approche du moment où je ne peux plus écrire.

En essayant de connaître l’Algérie depuis mon arrivée, ma pensée tournait souvent autour d’une idée ; la similitude entre le Japon et l’Algérie. Il me semble que « la Restauration de Meiji » que le Japon a vécu il y a 150 ans est quelque peu similaire à l’époque que l’Algérie a vécue depuis son indépendance. Après 250 ans de l’époque d’Edo où la famille Tokugawa de Samurai (la noblesse militaire) a gouverné le pays dans le système féodal, le Japon a été confronté à une révolution en 1867. Les jeunes Samurais se sont révoltés contre le régime de la famille Tokugawa pour créer un Etat moderne sous la direction de l’Empereur Meiji. Ces jeunes Samurais, conscient du risque de la colonisation par les Occidentaux, souhaitaient changer l’Etat féodal en un Etat de droit possédant une armée forte et une économie robuste pour que le Japon puisse rivaliser avec les pays Européens et Américains. A mon avis, ils ont joué un rôle similaire à celui des moudjahidines qui ont mené une révolution contre la colonisation. Les jeunes Samurais, qui ont battu le régime Tokugawa, sont devenus les piliers d’un Etat nouveau. Ils ont construit un Etat moderne à partir de zéro en introduisant le système occidental tel que la Constitution, le droit civil et pénal, l’administration, l’armée moderne, l’économie de marché, l’éducation, etc. Parmi eux, M. Toshimichi OKUBO, qui est devenu le premier chef du Gouvernement, a notamment exercé une fonction clef pour fonder un Etat. Il est surtout connu pour avoir établi le système d’administration qui a soutenu le développement du Japon pendant de longues années, même s’il est critiqué aujourd’hui pour la bureaucratie. Il me semble que M. OKUBO ressemble au Président BOUMEDIENE dans une certaine mesure.

La plupart des Japonais gardent la nostalgie de cette époque. Il y a toujours beaucoup de livres, de films et de programmes de télévision qui racontent des histoires de la Restauration de Meiji. Notamment les hommes politiques aiment citer des anecdotes des grandes personnalités qui ont joué un rôle important pour construire un Etat. C’est peut-être parce que le peuple japonais conserve toujours la mémoire des masses de sa participation au grand événement de la révolution. Je peux parfois constater la même manière de penser chez les algériens.

Mon argument n’est qu’une impression primaire qui ne se base pas sur la recherche scientifique. Si l’on compare d’une façon plus détaillée ces deux époques de nos deux pays, on peut trouver peut-être plus de différences que de similarités. Pourtant, je crois que, quand on essaye de trouver des points communs plutôt que des différences entre les deux pays, on est incité davantage à se connaître l’un l’autre. Davantage de connaissance, davantage d’amitié. Etant amicales, les deux pays peuvent apprendre les leçons de l’histoire et de l’expérience l’un de l’autre pour se développer comme les bons amis apprennent mutuellement.

-Haut de page- | -Accueil-